« Je n’ai pas appris la photographie argentique avec un écran, mais avec du silence, de l’attente et beaucoup de doutes. Apprendre la photographie argentique m’a permis de comprendre la lumière, le temps et l’intention derrière chaque image, bien avant de penser à la technique ou au déclenchement. »
Quand j’ai commencé la photo argentique
Quand j’ai commencé la photo argentique, ce n’était pas par nostalgie. Ce n’était pas non plus pour “faire comme avant” ou pour me donner un style. À l’époque, je ne cherchais pas à me différencier. Je cherchais surtout à comprendre ce que je faisais, et pourquoi je le faisais.
J’avais déjà touché au numérique. Comme beaucoup, j’avais été séduit par la facilité. On déclenche, on regarde, on recommence. C’est rassurant. Mais très vite, quelque chose me manquait. J’avais l’impression de produire des images sans vraiment les habiter. Je faisais des photos, mais je ne les vivais pas encore.
L’argentique est arrivé presque par hasard. Un boîtier ancien, mécanique, lourd. Pas d’écran. Pas de confirmation immédiate. Juste un viseur, une lumière, et une décision à prendre. Sans le savoir, je commençais à apprendre la photographie argentique autrement.
Apprendre la photographie argentique sans filet
Avec la photographie argentique, on n’a pas le droit à l’erreur facile. Chaque déclenchement compte. Chaque image coûte quelque chose, même symboliquement. Du temps, de l’argent, de l’énergie.
Cette contrainte m’a obligé à ralentir. À observer davantage. À attendre que quelque chose se passe, au lieu de le provoquer à coups de rafales. J’ai commencé à regarder la lumière avant de penser au sujet. À écouter l’ambiance avant de lever l’appareil.
C’est là que j’ai compris que la photographie ne commence pas au déclenchement, mais bien avant.
La photo argentique, une école de patience et d’humilité
L’argentique m’a appris à accepter de ne pas tout maîtriser. On ne sait jamais exactement ce que l’on va obtenir. Il y a la lumière, le film, le développement, le tirage. Des étapes invisibles, parfois imprévisibles.
Au début, c’est frustrant. Puis, avec le temps, c’est libérateur.
On apprend à lâcher prise. À accepter que certaines images ne seront jamais exactement comme on les imaginait. Et paradoxalement, c’est souvent là que les plus belles apparaissent.
La photographie argentique et le rapport au temps
Quand on photographie en argentique, on ne consomme pas ses images. On les attend. On les découvre. On les redécouvre parfois des semaines plus tard.
Cette temporalité change tout. Une photo n’est plus un objet immédiat. Elle devient une trace. Un souvenir. Un moment figé que l’on n’a pas cherché à optimiser, mais à ressentir.
C’est cette relation-là qui m’a profondément marqué, et qui influence encore aujourd’hui ma manière de photographier, y compris en numérique.
Pourquoi apprendre la photographie argentique aujourd’hui ?
C’est une question que l’on me pose souvent.
Apprendre la photo argentique, ce n’est pas refuser le numérique. C’est apprendre la photographie sans l’assistance permanente. Sans correction immédiate. Sans surenchère technique.
C’est apprendre à se faire confiance. À comprendre la lumière. À anticiper. À ressentir.
Et surtout, c’est apprendre que la technique n’est jamais une fin, mais un outil au service d’une intention.
Sélection (NB)
Ce que l’argentique a changé dans ma façon de photographier
Aujourd’hui encore, que je photographie des portraits, des mariages ou des paysages, cette base issue de l’argentique est toujours là. Dans la façon de cadrer. Dans la manière d’attendre. Dans le rapport au temps.
Je ne déclenche jamais pour remplir une carte mémoire. Je déclenche quand quelque chose fait sens.
Et si je devais résumer ce que la photographie argentique m’a appris, ce serait peut-être ça :
photographier, ce n’est pas produire des images, c’est faire des choix.
Questions fréquentes autour de la photographie argentique
Est-ce que la photo argentique est plus difficile à apprendre ?
Elle est plus exigeante, mais pas plus compliquée. Elle demande surtout de la patience et de l’attention.
Est-ce que l’argentique est réservé aux passionnés ?
Non. Il est surtout réservé à ceux qui veulent comprendre la photo en profondeur, quel que soit leur niveau.
Est-ce que l’on peut faire de belles photos sans argentique ?
Bien sûr. Mais l’argentique apprend à faire des images plus conscientes, même ensuite en numérique.
Est-ce que l’argentique donne un style particulier ?
Il donne surtout un rapport différent au temps, à la lumière et à l’erreur.
Pourquoi continuer à photographier en argentique aujourd’hui ?
Parce que cela me rappelle pourquoi j’ai commencé à photographier, tout simplement.
C’est un lieu où l’on prend le temps de célébrer ce qui nous dépasse un peu :
– la lumière sur la peau,
– la fragilité d’un geste,
– les traces que l’on laisse derrière nous.
Ce que ce parcours dit aussi de ma façon de travailler
Si je raconte cette histoire, ce n’est pas pour opposer des pratiques ou donner des leçons. C’est pour expliquer d’où vient mon regard.
Quand quelqu’un me confie des images importantes, un portrait, un mariage, un moment de vie, cette approche lente, attentive, respectueuse du temps est toujours là. Même si l’outil change.
L’argentique n’est pas une posture.
C’est une école.
Et une fois qu’on y est passé, elle ne nous quitte plus.
